
Cancer au Cameroun : l’Hôpital Central de Yaoundé mise sur l’innovation face à une baisse de l’accessibilité aux soins
Face à l’explosion des cas de cancer dans le monde et au Cameroun, l’Hôpital Central de Yaoundé (HCY) a réuni la communauté scientifique les 10 et 11 juin 2026. Objectif de ce symposium : démystifier la chimiothérapie, faire l’état des lieux de la prise en charge et tracer des pistes concrètes pour rendre les traitements […]

L’alerte est mondiale, et les chiffres interpellent. Modéré par de grandes figures du corps médical national, le Pr Agrégé Pierre Ongolo Zogo et le Pr Arthur Essomba, le Symposium scientifique sur les actualités en chimiothérapie a d’entrée de jeu posé les jalons d’un défi sanitaire majeur.
S’appuyant sur les dernières données du Global Burden of Cancer (GLOBOCAN 2022), les experts ont rappelé que le monde enregistre chaque année 20 millions de nouveaux cas et 9,7 millions de décès. Une tragédie qui frappe de plein fouet les Pays à Revenus Faibles et Intermédiaires (PRFI), lesquels concentrent à eux seuls 55 % des malades. Selon les projections scientifiques, l’incidence du cancer devrait bondir de 77 % dans le monde d’ici 2050, et de plus de 50 % sur le continent africain à l’horizon 2040.
Le diagnostic local : la réalité épidémiologique au Cameroun
Au niveau national, la courbe épidémiologique demeure tout aussi préoccupante. Le Cameroun enregistre environ 19 564 nouveaux cas de cancer par an. Le tableau clinique est dominé par les cancers du sein, du col de l’utérus et de la prostate, avec pour corollaire un problème récurrent : le diagnostic tardif à des stades déjà avancés.
À l’Hôpital Central de Yaoundé, formation sanitaire de référence, la cartographie des données hospitalières met en exergue la prédominance du cancer du sein, qui arrive largement en tête des consultations :
- Cancer du sein : 49 % des cas
- Cancer du col utérin : 10 %
- Cancer de l’ovaire : 9 %
- Cancer de la prostate : 8 %
- Lymphomes : 8 %
La prise en charge au sein de l’institution s’avère d’autant plus complexe que les équipes médicales doivent gérer de lourds antécédents. Près de 18 % des patients admis présentent un passé chirurgical, souvent associé à des comorbidités majeures : le diabète et l’Hypertension Artérielle (HTA) se hissent à 6,6 % chacun, suivis de l’infection au VIH (4,8 %) et de l’Hépatite Virale C (1,8 %).


L’offensive thérapeutique : l’innovation technologique au service des patients
Face à la pression hospitalière et à la hausse exponentielle des demandes d’examens d’imagerie, la communauté scientifique camerounaise sonne la révolte par l’innovation. Le symposium a mis en vitrine les avancées diagnostiques désormais incontournables disponibles dans nos hôpitaux, à l’instar de l’immunohistochimie et de la biologie moléculaire.
Sur le plan des traitements, l’offre se modernise radicalement avec l’introduction des thérapies ciblées, de l’immunothérapie et de la radiothérapie. En matière chirurgicale, l’Hôpital Central s’arrime aux standards internationaux en privilégiant la chirurgie limitée. Des études partagées lors des travaux démontrent qu’une intervention conservatrice, adossée à une irradiation complémentaire, garantit la même efficacité thérapeutique qu’une mastectomie totale pour le cancer du sein.
La réponse institutionnelle : la stratégie du Minsanté pour l’accès aux soins
Le nœud du problème restant l’accessibilité financière, les pouvoirs publics affichent leur détermination à briser la barrière des coûts. Intervenant au nom du Ministère de la Santé Publique, le Dr Zeh Kakanou a réaffirmé la volonté du gouvernement de s’attaquer de front au financement de la chimiothérapie, identifié comme le frein majeur pour les populations.
Pour y parvenir, la feuille de route issue de ce symposium de Yaoundé s’articule autour de trois axes stratégiques :
- La conduite de négociations fermes sur les prix avec les firmes pharmaceutiques internationales ;
- Le renforcement structurel de la chaîne d’approvisionnement pour sécuriser la disponibilité des médicaments anticancéreux ;
- Le développement continu et la mise à niveau des services d’oncologie dans les hôpitaux de référence du pays.
Larissa Mekounthe